Le temps est doux ce soir. Assise sur les tuiles branlantes du toit, la tête pleine de fumée et des moqueries que Brel adresse aux vieux, je songe à la mélancolie qui vient de m'être chantée par Férré. Elle est là et chatouille mon coeur de dix-sept ans. Elle m'offre des mots et souvent des larmes. J'en suis amoureuse tant je la trouve belle. Elle fait chanter dans mon crâne des vers de Baudelaire, une phrase d'Hugo, la voix de Saez et Léo Ferré qui la dit si bien. C'est trivial, "c'est voir deux amants qui lisent le journal", mais c'est aussi noble que "Victor Hugo et Léopoldine", ça froisse mon coeur, ça brûle mon sang et puis ça esquisse sur ma triste gueule un petit sourire. Ca me crie des mots quand y'a du silence, qui s'inscrivent dans la mélodie de Ferré qui m'trotte dans la tête, que je n'sais oublier. Ca m'allume ma clope qu'il pleuve ou qu'il vente, éteignant l'espoir duquel je me vante. Ca m'rend bien et mal et tout à la fois, ça crée des images dans ma pauvre tête, y jette des souvenirs, quelques silhouettes que la vodka d'antan ne sait m'éclaircir. Je pense à la mélancolie de ne pas savoir d'où elle provient, à la mélancolie du départ futur, des autres qui font mal, des autres qui font bien, de l'enfer des autres comme l'a dit Sartre, où l'on est si bien, masochistes humains. Je pense à Beckett qui dessine si bien ce qui n'a pas de sens et où l'on se plait, qui dit l'inconfort de l'humanité, les cons sont si forts de n'pas y penser. Les mots ne valent rien, on peut souffler dessus, ils s'envolent aussitôt comme sur ces humains qui se croient immortels mais que le temps rattrape. La mélancolie me fait dire tout ça et bien d'autres conneries mais quand je l'entend, murmurée par le vent ou chantée par l'artiste, mon coeur s'accélère sans savoir pourquoi. La mélancolie, n'a pas de raison mais souvent raison.